Millennium Mambo

Publié le par Travisisdead

Réalisé par Hou Hsiao Hsien
Avec Shu Qi, Tuan Chun-Hao, Jack Kao
Taïwan - 2001 - 1h40

Vicky est une jeune femme partagée entre deux hommes, Hao-hao et Jack. Le soir, elle est employée dans une boîte de nuit pour aider financièrement Hao-hao qui est au chômage.
Hao-hao la surveille en permanence, qu'elle travaille ou non. Il vérifie ses comptes, ses factures de téléphone, les messages sur son portable et même son odeur, contrôlant ainsi ce qu'elle fait en son absence.
Vicky ne le supporte plus et décide de le quitter pour se réfugier chez Jack.

Une jeune femme sautille innocemment dans un décors de jungle urbaine nocturne, la caméra la suis, flottante, contemplative. Une voix off féminine replace le contexte de l'histoire de cette femme, tout s'est passé il y a dix ans.
Il ne faut que ces quelques instants de plan séquence pour nous plonger dans l'atmosphère du film.
La suite est identique à cette introduction, un pur moment de contemplation planante sur la vie d'une jeune fille de 20 ans et surtout sur ses doutes en terme d'amour.

Car c'est bien cela le thème principal du film et plus particulièrement les déclinaisons de l'amour. On assiste ainsi à l'intimité d'un jeune couple, perdu dans sa génération, sans le moindre repère. Lui, Hao-Hao, est jaloux et possessif au point de fouiller toute ses affaires lorsqu'elle rentre de ses virées nocturnes liées à son travail ou bien même de vérifier ses factures téléphoniques pour s'assurer qu'elle ne passe pas trop de temps à appeler une personne. Malgré cela, il la délaisse, ne se préoccupe que de mixer sa musique et passe ses soirées à jouer à la console de jeux vidéo avec ses amis. Il a peur de la perdre, de ne pas pouvoir vivre sans elle.
Elle, Vicky, ne supporte plus cette situation et essaie de plus en plus de partir, en vain. Elle a gâchée ses études par sa fautes, se drogue et boit.

Le scénario peut donc à première vue paraître fort larmoyant, mais le partie pris du réalisateur de filmer le tout sans le moindre effet de style et seulement avec quasiment que des plans séquence, rend l'oeuvre très fluide. Ici, des sujets graves tel que l'alcool ne se pas montrés explicitement ou de façon rébarbative, ils sont présents mais finalement ce ne sont pas eux qui sont les causes de certains problèmes: ils en sont les conséquences.

D'ailleurs le synopsis n'est qu'un prétexte à nous montrer à quel point la jeunesse tawaïnaise (et je dirais même la jeunesse actuelle de nos sociétés) est désorientée à travers la tranche de vie de Vicky. Mais Hou Hsiao Hsien ne veut pas en trouver les raisons ni une éventuelle solution, il se contente de contempler.

C'est en outre fort réussi puisque l'on reste ébahit devant ce film à la beauté plastique glacée rappelant Wong Kar-Wai et c'est donc sans surprise que l'on découvre que "Millenium Mambo" possède le même directeur de la photographie que pour "In the mood for love" (Lee Ping Bing Mark qui avait plutôt travaillé sur la photo en collaboration avec Christopher Doyle pour le film de Kar-Wai).
On reste contemplatif et éblouit par Shu Qi de par son jeu mais aussi (et surtout) par sa beauté qui monopolise l'écran et la rend encore plus vulnérable, et donc crédible pour son rôle.

La dernière partie du film (les trente dernière minutes grosso modo) est néanmoins en deçà par rapport au reste du film, malgré l'importance de la liaison entre Vicky et Jack. De plus la musique electro quasiment omniprésente en fond sonore déstabilise un peu et décrédibilise l'oeuvre selon moi. Mais ces deux détails n'enlève en rien le fait que "Millenium Mambo" est un film d'une grande humilité, touchant et représentatif d'une jeunesse insouciante en manque de vrais repères.

Un très bon moment de cinéma qui ajoute une pierre à l'édifice qu'est le cinéma asiatique et qui m'a encore plus donner d'espoir pour "Three Times", le prochain film de Hou Hsiao Hsien avec la même Shu Qi qui sortira en Novembre (un peu de pub n'a jamais tuer personne!).
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Publié dans Cinéma asiatique

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