Les convoyeurs attendent

Publié le par Travisisdead

Réalisé par Benoît Mariage
Avec Benoît Poelvoorde, Dominique Bayens, Bouli Lanners
Belgique - 1999 - 1h30

Roger Closset habite un petit pavillon de la banlieue de Charleroi. Il vit en famille avec sa femme et ses deux enfants. Il a aussi un voisin colombophile qui ne jure que par Napoleon, son pigeon voyageur champion. Il y a le village et ses usines qui tournent au ralenti. Roger gagne modestement sa vie comme photographe pour le journal local. Il pirate les fréquences de la police, guette les faits divers. Roger veut s'en sortir et rêve de rentrer dans le livre des records pour gagner ainsi la voiture promise par l'Association des commerçants.

Alors là séquence coup de coeur et émotion. Moi qui m'attendais à voir un film comique avec Poelvoorde je suis tombé de haut. En effet, détrompez vous, le premier film sérieux de l'acteur belge n'est pas le récent "Entre ses mains" mais bel et bien ce film post millénaire d'une humilité qui force au respect.
Le tout commence sur un dîner avec toute la petite famille où l'on peut légitimement penser que le film va tourner autour des loufoqueries habituelles de Poelvoorde. En effet, l'acteur, en plus d'accentuer son côté belge par son accent et de nombreuses expressions totalement incompréhensibles par nous français de base, joue un rôle pouvant s'apparenter à celui de Ben dans "C'est arrivé près de chez vous": il fait rire tout en mettant mal à l'aise.
Ici pas de meurtre ou d'humour grinçant, mais le personnage de Roger (Benoît donc) fait rire jaune tout de même avec cette histoire de père de famille voulant à tout prix que ses enfants réussissent quelque chose dans leur vie afin que ce dernier soit fier d'eux. Il ne pense pas à faire plaisir à ses propres chérubins mais qu'à lui seul. Sûrement à cause de sa prise de conscience sur un bilan de sa vie fort déprimant (un boulo et une vie minable...). Et c'est de là que né cette sorte de conflit apportant des scènes autant déchirantes (l'accident de voitures de son fils puis son coma) que cocasses en humour typiquement belge (le fameux record du monde d'ouverture et de franchisage de porte).

Au niveau de la réalisation on s'approche de ce que peut être "Aaltra", avec un noir et blanc splendide mais sans le côté granuleux du teint de l'image et des plans fixes simples dignes des meilleurs films d'auteurs allemands de l'époque (Wenders entre autre).
Bon malgré cela le film ne possède pas non plus la prétention d'être un grand film, mais une surprise donc qui change des productions habituelles mettant en scène Poelvoorde.
De plus l'ambiance des petites bourgades côtoyées par des usines industrielles avec des habitants aux "gueules cassées" rend au film un côté social intéressant (je pense entre autre au personnage de Felix magnifiquement interprété par Philippe Grand'Henry).
A noter un léger rôle à un grand acteur malheureusement méconnu du grand public: Philippe Nahon qui, depuis "Carne" de Gaspard Noé, est devenu une sorte d'égérie pour tous les petits nouveaux réalisateurs francophones (Kassovitz, Noé, Gans, Aja, Du Welz...)

En conclusion, un très bon film qui mérite d'être vu pour sa légèreté continue malgré un thème en fond plutôt lourd. Ou comment faire du film d'auteur populaire à la belge.

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Publié dans Cinéma

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