De battre mon coeur s'est arrêté

Publié le par Travisisdead

Réalisé par Jacques Audiard
Avec Romain Duris, Aure Atika, Emmanuelle Devos
France - 2004 - 1h47

Tom, 28 ans, travaille dans l'immobilier véreux tout comme son père. Rien ne semble pouvoir le remettre sur le droit chemin, jusqu'au jour où il rencontre par hasard un ancien professeur de piano de sa mère qui veut à tout prix lui faire passer une audition. Tom commencera ainsi à se remettre à jouer du piano et rencontrera par la suite Miao-Lin, une jeune artiste chinoise donnant des cours mais ne sachant dire aucuns mots français. De cette rencontre naîtra en Tom un désir de changement.

Remake de Mélodie pour un tueur réaliser par James Toback en 1978, de battre mon cœur est le quatrième film de Jacques Audiard après Regarde les hommes tomber, Un héros très discret et surtout du césarisé Sur mes lèvres. Et la première chose que l'on peut dire lorsque l'on voit ces deux derniers films c'est qu'il a choisi le domaine de prédilection de son père (Michel, scénariste des Barbouzes et surtout du cultissime Tontons flingueurs) en enlevant juste les dialogues comiques lourds, mais certes monstrueux pour l'époque.
En effet le domaine du fils Audiard, c'est le polar (ça rime en plus), mais surtout la fascination de l'homme, le vrai, celui qui trempe dans des affaires louches, qui sort de prison, le vrai macho pour qui la femme n'est là que pour assouvir ses fantasmes. Dans Sur mes lèvres le personnage principal (Paul alias Vincent Cassel) est un ancien taulard qui essaie de s'intégrer à nouveau dans la société grâce à un boulot peu gratifiant et surtout grâce à une femme (Carla alias Emmanuelle Devos) qu'il amènera même à participer à ses petits trafics. Pour de battre mon cœur, Audiard part aussi du petit voyous sans la moindre humanité pour mieux nous montrer l'évolution de son personnage.
Ainsi Tom (Romain Duris) parait au tout début du film être le pire salopard de la terre, mais on s'aperçoit au fil de l'histoire que son personnage est plus complexe. Qu'il possède un passé très différent de sa situation actuelle. On apprend ainsi qu'il y a eu un changement à un moment de sa vie, ou plutôt qu'il ai eu à faire un choix: suivre le parcourt de son père ou celui de sa mère. Sa mère était une pianiste promise à un avenir glorieux et son père travaillait dans l'immobilier avec des techniques plus ou moins non conformes (pour ne pas dire extrêmes). Mais voilà la mère de Tom est morte lorsqu'il n'était encore qu'un enfant et il fût ainsi éduqué par son père. Son destin lui parait malheureusement inscrit à l'avance. Puis arrive une rencontre. Ce genre de rencontre qui change une vie, qui nous fait dire "mais bon dieu pourquoi j'ai pas plutôt fait ceci ou cela". Et c'est le début d'une double vie qui commence. Tom décide de se remettre au piano, de repenser à sa mère, à l'avenir différent qu'il aurait pût avoir, et de rêver même d'un nouvel avenir...
On retrouve dans ce film à peu près les mêmes thèmes fétiches déjà exploité chez Audiard: la rédemption, le mensonge et le pouvoir féminin sur l'homme en quelques sortes.
Pour le réalisateur on dirait que toute rédemption n'est possible que grâce à une femme comme on pouvait déjà le constater avec sur mes lèvres qui plus est des femmes qui possèdent un handicap (Emmanuelle Devos qui est à moitié sourde et Miao-Lin qui ne parle pas un mot de français). Le mensonge tient aussi un place importante de son dernier film avec Tom qui est la couverture de son ami Fabrice lorsque ce dernier sort pour aller coucher à droite à gauche. Thème déjà exploité dans un héros très discret.
Bref on a affaire ici à un film crépusculaire, qui parle de choix important, un peu du bien et du mal en quelques sortes (mais sans les grosses pyrotechnies hollywoodiennes dieu merci). Le film traite pas mal de domaine comme l'adultère, les problèmes relationnels entre un père et son fils, le mensonge et la rédemption. Mais malgré tout ce brassage on ne perd jamais le cour de l'histoire et encore moins l'intrigue secondaire de son métier d'immobilier. Et ça c'est réellement un des principaux avantages de cette oeuvre: elle se laisse regarder, admirer même sans la moindre prise de tête grâce à la fluidité de son scénario.
Pour de ce qui est de la réalisation on atteint ici des sommets (pour un film français) avec tantôt des plans séquences bien cadrés lors des passages musicaux et surtout des plans caméra à l'épaule qui retransmettent bien la violence du personnage lors de certains passages.
Il persiste toujours des défauts comme certaine séquences qui aurait pu être supprimé lors du montage, je pense notamment à la scène du restaurant lors du premier rendez-vous avec son père quand Tom lui fait écouter sa musique (mais cette scène est très bien rattraper lors de l'arrivé d'Emmanuelle Devos). Par contre certain n'aimeront peut-être pas le déroulement du film, un peu lent mais jamais longuet. Mais c'est le genre qui veut ça et je ne m'en plaindrait pas.
En bref, de battre mon cœur s'est arrêté est le meilleur film français de ce début d'année et il y a fort à parier qu'il ne sera pas détrôner d'ici quelques temps.

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Publié dans Films cultes

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